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LA NATURE – BULLETIN NRF – AUTOMNE 2022

C’est avec étonnement et plaisir que nous avons découvert dans notre courrier, la nouvelle formule du Bulletin de la NRF. Désormais dirigée par Maud Simonnot, la revue a changé de format, présente une couverture en couleur, et, au rythme de deux numéros par an, est consacrée à une thématique particulière. Hormis le dossier thématique, la revue consacre une large place aux critiques littéraires, et aussi aux chroniques d’art. L’écriture des articles est exclusivement confiée à des écrivains.

Ce premier numéro « nouvelle formule » est consacré à la nature, avec, en ouverture un remarquable texte d’Erri De Luca, pour qui la nature est « ce qui continue à naître, par opposition à toute mort, toute destruction ». Ce premier article est suivi d’une conversation au cours de laquelle Natacha Appanah interroge Richard Powers sur la place de la nature et surtout de l’arbre dans sa vie et dans ses romans, en particulier L’arbre monde et Sidérations.

La nature ce sont les arbres, mais aussi les fleurs, les oiseaux, les animaux, la forêt …. C’est ainsi qu’Anton BERABE évoque la prêle, fleur sauvage des bas-côtés, très abondante le long de la grande ceinture Ouest de Paris et Christophe BATAILLE nous narre, à la manière d’une fable, sa rencontre accidentelle avec un faon et sa famille.

Par-delà les frontières, trois auteurs nous invitent à découvrir leur univers. Katrina KALDA, auteure franco-lettonienne, évoque la forêt de son enfance, cette forêt qui à la fois effraie et protège de la peur, et tout particulièrement la peur de la guerre ; Fabienne RAPHOZ, ornithologue amateure et écrivaine, nous emmène dans ses promenades en Crète et au Sénégal en compagnie des oiseaux. Guêpiers de Crète, alouettes, pinsons, hirondelles, bergeronnettes, corbeaux s’envolent sous nos yeux ; tandis qu’Hamedi KANE évoque le désert des Peuls au Sénégal et la destruction de la forêt de Sébi-Ponty  afin de construire une université et une école normale supérieure qui ne verront jamais le jour. Désormais Ponty-ville n’est plus que ruines sur lesquelles quelques bergers mènent leurs troupeaux en pâturage.

C’est également contre cette destruction de la nature et de la pollution des mers que s’insurge Eric ORSENNA, dans son Rendez-vous de l’Océan, véritable ode à ce dernier. Il est comme nous, l’Océan … Les blabas il s’en moque. Et c’est bien dans cet esprit également que la philosophe Catherine LARRERE et la journaliste Christine SIMEONE, pour protéger la nature, aborde la question de l’éthique environnementale et plaident pour l’instauration d’un « droit de la nature », reconnaissant à celle-ci le caractère de sujet de droit commun. Ainsi, un arbre, un animal, une forêt, une mer, par la voix de représentants, auraient le droit de porter plainte et de se défendre face à une menace. Protéger la nature, c’est aussi la peindre. C’est ainsi qu’Aurélien BELLANGER interroge Thomas LEVY-LANE, artiste peintre, sur son œuvre. Celui-ci questionne le sens même de la peinture : doit-elle représenter exclusivement le réel ou bien bouleverser les représentations, voir le monde à s’en dessiller les yeux en y intégrant l’invu. L’art devient alors subversif, voire même politique.

 

En clôture – mais peut-on vraiment clore un tel sujet ? – Jacques Réda nous offre un beau poème Du vent dans les arbres.

J.M.G.Le Clezio nous guide ensuite dans sa bibliothèque idéale évoquant des œuvres en résonnance avec ses valeurs humanistes et son engagement pour la défense de la nature.  On retrouve ici son grand intérêt pour l’Afrique et ses écrivains.

Sous le titre « Proust : 1922-2022 », la deuxième partie de la revue, avec pas moins de huit articles, est consacrée à Marcel Proust, dont on célèbrera prochainement le centenaire de la mort. Maud SIMONNOT nous éclaire sur ces deux dates, Antoine COMPAGNON retrace les diverses expositions consacrées à l’écrivain, Blanche CERQUILIGNI évoque la reconnaissance de Proust à l’étranger, tandis que Yannick HAENEL nous raconte comment il a découvert l’auteur à travers les textes de Georges Bataille et comment La Recherche du temps perdu a influencé l’écriture de son dernier roman. Quelques articles nous le font découvrir sous un nouveau jour. Ainsi Jean-Yves TADIE, évoque sa liaison avec Reynaldo Hahn, grand musicien ; tout en étant grande admiratrice de l’écrivain, Violaine HUISMAN s’offusque de certains de ses propos, en particulier cette affirmation « dans la vie de la plupart des femmes, tout, même le plus grand chagrin, aboutit à une question d’essayage » ; tandis qu’Anne SIMON, à l’opposé de Roland Barthes qui ne voyait aucun animal dans l’œuvre de l’auteur, se livre à un inventaire des animaux qui souvent se glissent entre les lignes. Enfin, Julien SYRAC met l’accent sur la place de la satire proustienne, cette façon systématique… de révéler et d’accuser la médiocrité, la bêtise, la cruauté … ainsi que sur ce qu’il nomme le génie du dialogue, le génie des voix de Proust.

La dernière partie « Critiques libres » propose quelques analyses de parutions récentes, ainsi qu’un article de Charles Daubas sur l’exposition « Musicanimales » organisée par la Philarmonie de Paris, qui se déroule actuellement.

La revue est ponctuée d’illustrations – dessins, portraits, reproductions d’œuvres d’art – et bénéficie d’une présentation claire et aérée. On est impressionné par la qualité d’écriture de l’ensemble des articles, conjuguant rigueur scientifique et esthétique littéraire. Une écriture exigeante, recherchée sans être précieuse ou prétentieuse.

Un numéro que l’on a plaisir à lire, et que l’on verrait volontiers sur les rayons de sa bibliothèque personnelle.

MNG

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